Le blog de l'actualité radicale de Pascal-Eric Lalmy

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Pascal-Eric Lalmy, conseiller municipal de Osny et président du PRG95, mes blogs illustrent la diversité de mes engagements.

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Lalmy 2008

mercredi, juin 29, 2005

Les deux républiques

Par Jean-Michel BAYLET

Jean-Michel BAYLET est président du Parti radical de gauche.

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mercredi 29 juin 2005
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un certain nombre d'anciens grands commis de l'Etat, Jean-Pierre Chevènement, Nicolas Dupont-Aignan, et quelques autres, s'emploient à faire fonds de commerce personnel de ce qui appartient en propre à l'ensemble des Français, c'est-à-dire la république.

En même temps qu'ils tentent de fonder sur l'idée de république leurs entreprises politiques conservatrices, ils en délivrent une vision profondément corrompue. Le succès très relatif de leurs projets de conquête, sur cette base, de positions de pouvoir aurait pu justifier l'indifférence à pareil dévoiement de l'idée fondatrice des sociétés politiques modernes. La perversion de l'image, cependant, chemine au point que, à propos du référendum sur la Constitution européenne, Philippe Val (1) a pu soutenir que les démocrates étaient pour le oui, quand les républicains étaient pour le non. C'était confondre la république avec ceux qui en sont les égarés, et obliger à la mise au point. On fera un crédit excessif aux nouveaux «soldats de l'an II» ­ c'est ainsi que s'avance Jacques Nikonoff, le président d'Attac ­ en énonçant qu'il y a deux conceptions de la république, la leur et, très certainement, la vraie.

La république selon M. Dupont-Aignan, qui a la circonstance atténuante d'être sorti de l'ENA avec la promotion «Liberté-Egalité-Fraternité», se confond à l'évidence avec l'Etat, dont, par vocation et par formation, il s'est fait le serviteur zélé. L'Etat centralisateur, s'entend, qui assure à ses agents les pleins pouvoirs sur des citoyens dont l'assujettissement est justifié par l'exigence de servir la nation. Un Etat qui serait menacé dans sa fonction de lieu essentiel de pouvoir aussi bien par le déploiement des libertés locales que par la mise en commun de compétences à l'échelle de l'Europe. Pour servir une nation elle-même exposée, par l'immigration, à des atteintes dans sa consistance ou, par l'ouverture des frontières, au désagrément de la concurrence des moins nantis.

La conception de Jean-Pierre Chevènement est-elle tellement différente ? Lorsqu'il expose, après les régionales de 2004, que M. Raffarin «a péché par girondinisme» ? Lorsqu'il voit dans le résultat des consultations statutaires outre-mer de décembre 2003 «une claque pour les potentats locaux seulement désireux d'accroître leur pouvoir» ? Quand il faut, selon lui, que «la France retrouve un Etat stratège», alors que l'introduction de l'euro «nous met dans la main d'institutions européennes irresponsables» ? Lorsqu'il redoute le poids des «élites mondialisées», en appelle à la démocratie «endogène», et développe une vision du pacte républicain dont il est peu de dire qu'elle est nationale ?

Cette conception de la république doit beaucoup, à la vérité, à des régimes qui n'avaient rien de républicain. Elle est l'héritière directe de l'effort de centralisation politique, d'uniformisation des règles et d'étouffement des cultures locales qui a caractérisé l'Ancien Régime. Elle est l'exact reflet de la vision de la loi et de l'ordre qui était celle du premier Empire. La république des souverainistes, c'est la république des préfets de Napoléon. Quand elle ne flirte pas avec la nostalgie douteuse de la terre et des morts, elle se nourrit des mythes d'une époque dépassée, celle d'une France qui pouvait être grande à elle seule, forte d'une population homogène, du moins dans son hexagone, solide par l'uniformité de son droit, au besoin assurée par la force, de Dunkerque à Tamanrasset.

Cette république-là ne peut qu'être aveugle aux transformations de la société française, au besoin de respiration, à leur rythme, de ses territoires, à la demande de reconnaissance de sa nouvelle diversité culturelle, à la nécessité de son alliance avec les autres peuples d'Europe.

L'erreur essentielle commise par les souverainistes est de croire que la république se construit à partir du pouvoir, ou de la conception que l'on en a, alors qu'elle est, fondamentalement, l'oeuvre des citoyens.

La république n'est autre que ce que les citoyens entendent, librement, mettre en commun pour former une société capable d'assurer la paix civile, les libertés, la solidarité et le progrès. L'idée républicaine n'assigne a priori aucun périmètre au développement de ces objectifs. Aux citoyens de choisir, à un moment et en un lieu donnés, le cadre de leur vie commune et, le cas échéant, d'en combiner plusieurs. Si l'Etat, tel qu'on l'a connu sous la IIIe République, a pu former le cadre légitime du déploiement des principes républicains, ceux-ci peuvent parfaitement s'épanouir à l'échelle de collectivités plus réduites ­ communes, départements, régions ­ ou d'un espace plus considérable, en particulier celui du continent européen. L'idéal républicain ne sera en réalité pleinement satisfait que lorsque les principes dont il est fait trouveront à s'exprimer jusqu'au niveau de la planète entière.

La région est républicaine lorsqu'elle assure la péréquation des moyens dont disposent les collectivités qui la forment, sans les dominer. L'Etat est républicain lorsque, dans le respect des particularismes et sans imposer une uniformité qui ne serait pas justifiée par l'identité des situations, il veille à la solidarité des régions qui le composent. L'idée républicaine fait son chemin en Europe lorsque la politique de cohésion permet le rattrapage économique et social des pays, ou des régions, en retard de développement. A fortiori lorsque est proposé aux citoyens de l'Union de former entre eux une nouvelle société politique où ils pourront, par l'intermédiaire de leurs représentants, prendre les décisions utiles à leurs intérêts communs, sous la protection d'une charte des libertés les préservant des atteintes du pouvoir ou des risques de la discrimination.

Opposer l'Europe à la république est un contresens. La vraie république, comme l'humanité, n'a pas de frontières.

(1) Le Référendum des lâches, le Cherche-Midi, Paris.

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