Le blog de l'actualité radicale de Pascal-Eric Lalmy

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Lalmy 2008

lundi, septembre 19, 2005

Les ravages de la présidentielle

Par Jean-Michel BAYLETvendredi 16 septembre 2005
Jean-Michel BAYLET président du Parti radical de gauche.
e 21 avril 2002, le masque était tombé. Présentée, quarante ans plus tôt, comme une mesure faisant de la Ve République une démocratie plus authentique, l'élection du Président au suffrage universel direct conduisait à un résultat strictement inverse : privés de véritable choix au second tour, les Français se trouvaient contraints de porter à nouveau à la tête de l'Etat un homme qui n'avait pas leur confiance.
Le mode de désignation du premier des Français a plus récemment causé de nouveaux ravages, à l'Europe, à la France, à la gauche. La responsabilité de la présidentielle dans le coup porté le 29 mai à la construction européenne est d'abord révélée par tout ce que le non a comporté de sanction prononcée à l'encontre d'une politique nécessairement imputable à celui que le suffrage universel a désigné comme son principal artisan.
De façon plus générale, et plus insidieuse, l'attention privilégiée portée, en France, à l'élection du président de la République, a pour effet de déterminer une sorte d'hypertrophie, non seulement de cette élection, mais aussi de sa portée politique réelle ; la bataille pour la présidence est regardée comme la seule qui vaille ; tous les autres enjeux sont jugés subalternes. Surdimensionnée, l'élection présidentielle fait croire que le sommet de l'Etat demeure le seul lieu où se fixe l'avenir des Français ; elle les rend aveugles à l'importance des choix européens.
Quelle qu'ait été la part de sincérité des engagements pour le non à gauche, par ailleurs, qui peut sérieusement nier que certains n'ont pas été étrangers à la perspective de l'élection présidentielle prochaine ? Non sans responsabilité dans le rejet du projet de Constitution pour l'Europe, le mode de désignation du chef de l'Etat français a pesé de tout son poids dans les suites politiques immédiates qui ont été données au non, et qui font craindre pour la cohérence et l'efficacité de la politique de la France. Etrange triumvirat qui la conduit, fait d'un Président, d'un chef de gouvernement et d'un chef de parti majoritaire n'ayant en commun que leur égale prétention à être, demain, le mieux placé dans la compétition présidentielle.
La gauche n'est évidemment pas mieux lotie, où les préoccupations majeures, au sein ou à côté de son principal parti, sont à la formation des écuries pour la course à l'Elysée. Combien d'autres 21 avril et 29 mai faudra-t-il pour qu'enfin notre pays s'avise des perversions qu'inflige à la démocratie française un mode d'élection du Président voulu par un homme qui avait de la relation du peuple à l'élu une conception plébiscitaire bien plus que représentative ? Le recul de quelques décennies permet de mesurer l'aspect caricatural d'un régime profondément endommagé par le mode d'élection du Président.
Peu d'exemples s'offrent d'une bipolarisation aussi rigide que celle mécaniquement provoquée par la perspective du second tour de la présidentielle. La France est la République des blocs, droite contre gauche, sans concessions ni ménagements, alors que souvent, l'intérêt général commanderait, comme cela se pratique aux Etats-Unis, en Allemagne, ou ailleurs, que l'on sache faire la part du compromis utile. Chaque nouvelle majorité s'emploie à défaire avec application ce que la précédente a fait, l'opposition ne se privant pas d'annoncer d'avance, pour sa part, que l'oeuvre législative en cours n'est appelée à aucun avenir.
L'obstination aveugle à rejeter tout ce qui vient de l'autre est évidemment au détriment de tous, lorsqu'elle s'exprime, comme c'est devenu la règle, dans la soumission systématique à la censure du Conseil constitutionnel des textes résultant de la décision majoritaire. Chacun s'emploie à favoriser le gouvernement des juges dont, par ailleurs, on s'afflige.
Il serait vain, d'autre part, d'ignorer les dérives auxquelles, immanquablement, conduit le pouvoir particulier que confère à un individu l'onction du suffrage universel, surtout lorsque la mécanique institutionnelle affaiblit les contre-pouvoirs. Les libertés ne sont jamais tout à fait tranquilles lorsqu'est trop affermi le pouvoir d'un seul.
Transformée en champ de course, la démocratie française se donne à voir comme un spectacle sportif. Ses médias s'intéressent aux champions, plus qu'aux causes qu'ils défendent. L'état de la vie conjugale du prétendant à la charge suprême revêt alors plus d'importance que l'exacte définition de son positionnement politique.
Il est temps de revenir à la raison républicaine, de distinguer Paris 2007 de Londres 2012, et de redonner de la vie politique française une image moins affligeante que celle qu'elle offre aujourd'hui.
Le 29 mai oblige à un effort considérable pour sauver ce qui, de l'Europe, peut l'être encore. Il oblige aussi à redresser la France. Son impuissance à retrouver le consensus social et la vigueur économique reflète la profonde inadaptation de ses institutions. Le moment est venu d'ouvrir le chantier de la VIe République.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=324040

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