Le blog de l'actualité radicale de Pascal-Eric Lalmy

Mon ancien blog sera consacré à partir de la rentrée à l'actualité politique. J'ai désormais un nouveau site personnel http://lalmy.unblog.fr/

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Pascal-Eric Lalmy, conseiller municipal de Osny et président du PRG95, mes blogs illustrent la diversité de mes engagements.

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Lalmy 2008

mercredi, octobre 12, 2005

La droite à l’assaut de la laïcité

Depuis quelques semaines se dessine une offensive contre la laïcité, conduite - des provocations de M. de Robien aux déclarations de M. Sarkozy devant l'Académie des sciences morales et politiques - par des membres du gouvernement de la République.

En apparence, le principe même de laïcité n’est pas discuté. Mais il faudrait, pour ceux qui l’ont mal compris ou en sont des adversaires inavoués, l’adapter aux réalités de l’époque. Ainsi justifié, le débat sur la « nouvelle laïcité » tend en réalité à importer en France le modèle américain de complaisance pour le communautarisme et de connivence entre action publique et religions. Sous le couvert de l’intérêt d’un « toilettage », d’un souci « d’associer les maires à la gestion des cultes », ou encore de la recherche d’une « égalité de moyens entre enseignement privé et public », il s’agit bien d’une mise en cause des principes républicains et avec eux, de ce qui fonde la cohésion de notre société.

C’est clairement l’irruption de l’islam dans le débat public qui fournit l’occasion de remettre en question la loi de 1905. Mais contrairement à ce qu’affirme M. Sarkozy, qui aimerait bien contrôler le culte musulman en France pour les raisons électoralistes qu’on imagine, les pratiquants musulmans n’ont aucun intérêt à être placés sous la tutelle de l’Etat. La religion musulmane en France est une religion vivante qui ne pourra s’installer durablement et visiblement dans la République qu’à la condition, précisément, de s’inscrire dans le cadre des principes qui sous-tendent la laïcité : séparation des Eglises et de l’Etat, liberté de culte, liberté d’expression.

Si, actuellement les musulmans pratiquants éprouvent des difficultés à construire des lieux de culte dignes, ce n’est pas à cause de la loi de 1905. Mais plutôt pour cette raison que, comme en matière de logement social, tout le monde, ou presque, est pour les mosquées, mais dans la ville du voisin ! Comme l’a rappelé Dalil Boubakeur devant la commission Stasi, la laïcité est un alibi pour les maires qui veulent dire non. Elle n’est nullement, en elle-même, un obstacle.

Plus récemment implanté dans notre pays que les cultes catholique ou protestant, le culte musulman rencontre naturellement plus de difficultés à conduire les grands projets nécessaires à son expression. La puissance publique a un rôle à jouer dans l’accompagnement de la liberté du culte musulman ; mais il est autre qu’un rôle financier, qui reviendrait à limiter cette liberté par le contrôle des lieux de culte. L’Etat doit d’abord veiller au strict respect, notamment par les autorités locales, de l’égalité entre les cultes, afin qu’aucun obstacle administratif ne soit artificiellement dressé à l’encontre d’un projet intéressant le culte musulman. De manière générale, il doit faire en sorte que ni ce culte ni ses pratiquants ne soient victimes d’une quelconque forme de discrimination. Les autorités publiques doivent également fournir aux fédérations musulmanes tous les moyens d’information et tous les conseils utiles à la réalisation de leurs projets, en matière de construction d’édifices de culte ou d’aménagement de sépultures.

Il convient ainsi de rappeler à M. le ministre des cultes que la laïcité est un rempart à l’abri duquel s’éveillent des consciences libres. Il n’est ni nécessaire, ni utile de créer ex-nihilo un gallicanisme islamique. Les communautés religieuses doivent pouvoir s’épanouir en toute liberté et l’Etat n’a ni à s’opposer à telle ou telle obédience religieuse, ni à manifester sa préférence pour l’une d’entre elles.
La laïcité ne doit pas, cependant, être perçue comme un matérialisme. Certes, la pensée laïque s’est historiquement affirmée par opposition aux excès de la pensée religieuse. Elle n’a pas, pour autant, répudié les inspirations idéalistes de l’action publique. La laïcité s’alimente au contraire à la réflexion spirituelle sur les lourdes interrogations touchant à la condition humaine. Elle tend vers l’objectif idéal d’une société où la liberté des individus serait garantie par la neutralité des institutions. Comme l’éthique est indépendante de la morale, la spiritualité est indépendante de la foi. La spiritualité républicaine est laïque.

Nous devons fermement refuser la remise en cause de l’un des principaux fondements de notre République. Spécialement en un moment où les anglo-saxons prennent enfin conscience des risques de désintégration sociale que génèrent les politiques communautaristes. Il est d’ailleurs bien illusoire de croire que l’installation d’un culte musulman officiel contribuerait à régler les lourds problèmes sociaux auxquels notre pays est aujourd’hui confronté. L’Etat sera respecté dans les banlieues quand il y assumera ses responsabilités, en termes de logement, d’emploi, de services publics et de sécurité. Autrement qu’à travers les moyens, kärcher compris, de la politique spectacle.


Jean-Michel BAYLET
Président du Parti Radical de Gauche

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