Le blog de l'actualité radicale de Pascal-Eric Lalmy

Mon ancien blog sera consacré à partir de la rentrée à l'actualité politique. J'ai désormais un nouveau site personnel http://lalmy.unblog.fr/

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Pascal-Eric Lalmy, conseiller municipal de Osny et président du PRG95, mes blogs illustrent la diversité de mes engagements.

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Lalmy 2008

lundi, novembre 21, 2005

Banlieues : une ambition française

Le débat public en France a une singularité. A chaque fois qu’il se produit un évènement marquant, assez fort pour atteindre une audience populaire, on conclut à la faillite du modèle social français. Immanquablement, la République est au banc des accusés ; trop coûteuse, vieillotte, elle est inadaptée au monde globalisé et inefficace à assurer l’égalité et la justice pour tous.


Un commentaire unique et formidablement pratique tant il sert de système d’explication pour tout ce qui se passe et qui dépasse l’entendement des professionnels du verbe.
La République est en faillite quand les banlieues se révoltent, que les enfants mettent le feu aux écoles, que des bâtiments publics sont détruits, mais aussi quand des conflits sociaux s’enkystent, que les Français disent non au référendum sur l’Europe, votent Le Pen au second tour de la Présidentielle, ou perdent les Jeux olympiques ! La République est en faillite parce que la France vit au dessus de ses moyens, qu’elle conserve des systèmes sociaux hérités de l’après-guerre à bout de souffle, école, santé, retraites, chômage ; on ne peut plus continuer comme avant, il faut tout réformer – comprenons réduire - et l’Etat en tout premier lieu.

On attend des théoriciens du déclin français qu’ils nous le disent en face : depuis 1945, la France s’est appauvrie ! Et le PIB n’est plus un indice de création de richesses !

Mais heureusement, le tourisme seul se porte bien. Les circuits organisés excellent à présenter aux visiteurs étrangers les merveilles architecturales françaises des siècles passés, ses monuments et édifices prestigieux ou simplement utiles comme les ouvrages d’art qui ont permis, hier, la pénétration économique des territoires les plus reculés et inaccessibles du pays.
Qui étaient-ils nos décideurs d’hier, comment ont-ils fait, qu’ont-ils sacrifié pour financer d’aussi admirables infrastructures dont nous avons toujours l’usage et qui ont permis de réaliser concrètement l’égale accès de tous aux voies de communication, aux services publics, aux lieux d’échange et de travail ?

Ce que la France des siècles derniers a pu édifier, réaliser, développer dans l’intérêt du plus grand nombre, au point de se hisser dans le peloton de tête des grandes puissances du monde, pourquoi n’est-elle plus en capacité, aujourd’hui, de l’entreprendre ?

Les difficultés matérielles et les problèmes d’urbanisme dans les banlieues sont-ils plus insurmontables que les grands travaux réalisés, il y a 150 ans, pour moderniser tout le territoire français ? L’intelligence technique est-elle inférieure aujourd’hui, plus faible le capital social, inemployable le bagage culturel des nouvelles générations et leur aptitude au travail ?

Le pays et les banlieues en particulier recèlent un capital humain extraordinaire, l’énergie d’une jeunesse nombreuse, dont bon nombre de pays européens sont privés. Si la France vit une crise de déficit républicain sur les territoires particuliers de ses banlieues, c’est parce qu’il s’y révèle, non pas la faillite de son modèle social, mais plutôt l’épuisement de sa propre volonté et celle de ses dirigeants.

Le modèle social français n’est pas obsolète, les faits prouvent seulement que ses principes ne sont pas rigoureusement appliqués. Pas respectée l’égalité des chances, détournées l’éducation et la formation égales pour tous, contourné le droit à la différence, ignorée la promotion sociale, négociée la laïcité, oublié le droit au travail pour tous.

La crise des banlieues ne démontre pas l’inanité de l’ambition républicaine. Elle prouve seulement que l’idéal est loin, et qu’il reste beaucoup à faire pour ne pas le trahir.
Le traitement des révoltes urbaines par la presse étrangère, ces derniers jours, témoigne des difficultés de la France à faire accepter, sur la scène internationale, son modèle social et notamment d’intégration. Celui-ci est peu partagé par les autres grandes démocraties qui lui préfèrent le modèle communautaire. Notre pays oui, il faut le dire, vit une exception française, la
laïcité qui signifie la promotion de l’intérêt général et sa condition : la neutralité de l’Etat face aux groupes de pression confessionnels, économiques et partisans. Mais pour être un principe efficace, la laïcité doit s’appuyer sur une solide morale publique et des élites convaincues. Le mal est là. La France ne croit plus en elle-même, à ce qu’elle produit, à ce qui l’a pétri au cours de l’histoire. Elle a laissé s’enliser la morale laïque au profit d’un relativisme culturel destructeur. Et bien que forte d’un passé glorieux, elle ne se rêve plus audacieuse, entreprenante, généreuse, courageuse, avec le risque, certes, de mener parfois certains combats seule contre tous.

Comme hier à l’ONU pour dénoncer la guerre en Irak, la France devra, demain, à Bruxelles, dire non à la directive Bolkestein, prudemment remaniée mais demeurée intacte quant à ses objectifs concurrentiels hostiles aux services publics.

Elle devra aussi peser de tout son poids pour engager l’Europe dans de grands programmes d’investissement conformes à un intérêt général européen, qui reste au demeurant à définir.
Enfin, sur son territoire, pour supprimer les ghettos sociaux et culturels, elle aura à bâtir massivement et rebâtir des villes et des quartiers à visage humain, et proposer aux acteurs économiques d’adhérer à une charte de Responsabilité Sociale et Environnementale en contrepartie des aides publiques consenties.

En France, c’est l’Etat qui montre l’exemple, qu’on le veuille ou non. A chaque étage de ses collectivités territoriales, il doit investir généreusement dans l’éducation, la santé, la recherche, les services et équipements publics, dans les banlieues et les territoires relégués notamment. Intéressées par le mouvement, les entreprises suivront et, si le monde économique y trouve son compte, les retombées seront collectives.

Pour sauver la France, il faut sauver les banlieues.

par Elisabeth BOYER Conseillère Régionale d’Ile-de-France

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