Le blog de l'actualité radicale de Pascal-Eric Lalmy

Mon ancien blog sera consacré à partir de la rentrée à l'actualité politique. J'ai désormais un nouveau site personnel http://lalmy.unblog.fr/

Ma photo
Nom :
Lieu : Osny, Val d'oise, France

Pascal-Eric Lalmy, conseiller municipal de Osny et président du PRG95, mes blogs illustrent la diversité de mes engagements.

Retrouvez-moi sur mon nouveau site personnel

Lalmy 2008

mercredi, janvier 11, 2006

Baisse de régime


Par Roger-Gérard SCHWAERTZENBERGmercredi 11 janvier 2006
Roger-Gérard SCHWARTZENBERG député du Val-de-Marne, président d'honneur du PRG.


La Ve République a longtemps offert un modèle d'efficacité des institutions. Aujourd'hui, la machine de l'Etat paraît se dérégler et tourner au ralenti, même si les cérémonies de voeux restent propices aux effets d'annonce. Plusieurs signes attestent cette baisse de régime. Conçue par de Gaulle comme la charge suprême de l'Etat, la fonction présidentielle s'est atrophiée. D'abord, bien sûr, pendant les trois cohabitations, qui ont vu le chef de l'Etat réduit à un rôle mineur. Mais aussi depuis 2004, malgré la coïncidence, cette fois, entre majorité présidentielle et majorité parlementaire.

Déjà atteint par le vote sanction des élections régionales et européennes de 2004, puis désavoué lors du référendum de mai 2005, Jacques Chirac s'est trouvé délégitimé et presque placé hors jeu. Condamné à un certain effacement, il a alors paru absent de la vie politique intérieure ou présent avec retard, comme pendant la crise des banlieues.

Certes, le Président met à profit le début de l'année pour multiplier les déclarations d'intention. Mais sa cote dans les sondages le voue à gérer une fin de règne annoncée. D'où une période de latence et d'attente jusqu'à la présidentielle de 2007. Dans cinq cents jours.

En réalité, Chirac préside mais ne gouverne plus guère, déléguant son pouvoir au «maire du palais», à l'ancien secrétaire général de l'Elysée devenu Premier ministre. Pour la première fois en dehors des périodes de cohabitation, le pouvoir est passé de l'Elysée à Matignon, du numéro 1 au numéro 2 de l'Etat. Cette primauté de fait du Premier ministre sur le Président est profondément insolite sous la Ve République.
Pour autant, ce transfert de pouvoir met-il Villepin en position de gouverner efficacement en étant suivi sans réserve par les 365 députés UMP ? Rien n'est moins sûr. En effet, même s'il continue à s'en prévaloir officiellement, celui-ci a perdu la qualité de chef de la majorité, qui était traditionnellement attachée à la fonction de Premier ministre sous la Ve République. Ce rôle revient, en fait, au numéro 2 de son équipe, Sarkozy, président de l'UMP. D'autant plus que, désormais, la majorité se réduit essentiellement à ce parti, l'UDF ayant pris ses distances avec celle-ci. Le 14 juillet 2004, Sarkozy s'était vu interdire par Chirac de cumuler les fonctions de ministre et de président du parti majoritaire. Précisément pour que le Premier ministre ne voie pas sa prééminence concurrencée et affaiblie au sein même du gouvernement par un autre ministre doté d'une plus forte puissance politique. Le chef de l'Etat déclarait alors : «Un ministre président du principal parti de la majorité, cela veut dire que le Premier ministre n'a plus aucune autorité... On touche là au bon fonctionnement des institutions et je dirais à l'efficacité gouvernementale.» Pourtant, moins d'un an plus tard, Chirac a dû lever cet interdit et accepter le retour de Sarkozy place Beauvau.
Cette direction bicéphale du gouvernement par deux consuls est génératrice non seulement de rivalités, à peine masquées, en vue de la présidentielle, mais encore d'incohérences. Deux projets politiques coexistent au sein même de l'équipe ministérielle. L'un, ébauché par Villepin, prétend «moderniser» le modèle social français sans l'abandonner. L'autre, présenté par Sarkozy, vise à pratiquer en 2007 la « rupture» avec la politique qu'il aura pourtant contribué à mettre en oeuvre comme ministre pendant cinq ans, excepté une brève parenthèse d'un semestre.
D'où la difficulté à trancher et la tendance à temporiser, à différer les choix essentiels, remis à plus tard, c'est-à-dire à 2007. Malgré le style volontariste des discours des deux prétendants, un certain immobilisme prévaut. Comme si la scène politique se transformait en salle d'attente, en antichambre de l'élection présidentielle.
D'ici à mai 2007, il reste encore une longue période de dix-sept mois. En sept mois de pouvoir, Pierre Mendès France a démontré qu'on peut faire beaucoup quand on considère que gouverner, c'est choisir et agir. Sans se borner à gérer le calendrier et attendre les échéances électorales, en ajournant les décisions difficiles.
La situation actuelle appelle plus une réforme des moeurs que des institutions. Si elle devait persister, cette crise de l'Etat aggraverait la perte de confiance dans la démocratie. On ne peut appeler les électeurs au civisme quand les gouvernants s'affranchissent des règles qui donnent à la politique sa cohérence et sa dignité.

sites&blogs Annuaire politique