Le blog de l'actualité radicale de Pascal-Eric Lalmy

Mon ancien blog sera consacré à partir de la rentrée à l'actualité politique. J'ai désormais un nouveau site personnel http://lalmy.unblog.fr/

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Pascal-Eric Lalmy, conseiller municipal de Osny et président du PRG95, mes blogs illustrent la diversité de mes engagements.

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Lalmy 2008

jeudi, février 16, 2006

Discours de J.M. BAYLET prononcé lors de la convention programmatique de Rennes

Mes chers amis radicaux,
Laissez-moi vous redire, à l’issue de ces deux belles journées de travail militant et républicain, le plaisir immense que j’ai eu à vous retrouver, à parler avec vous, et surtout à vous voir démentir, par votre nombre, par votre enthousiasme et par votre créativité politique, toutes les analyses des pessimistes qui viennent sans cesse prophétiser la mort du citoyen remplacé par le consommateur de vie publique médiatisée. Les citoyens radicaux sont là et bien là, et je vous en remercie.
Merci aussi, à nouveau, à tous ceux qui, autour de nos fédérations de la région Bretagne et avec l’implication remarquable de la direction nationale ont organisé ce beau rendez-vous qui a déjoué, lui aussi, par son excellente organisation, tous les pronostics. Vous avez même convoqué le soleil breton en plein mois de février, ce n’est pas un mince exploit… Au-delà de la plaisanterie, j’y vois un signe -en quelque sorte de météorologie politique- il me semble que les temps qui s’ouvrent nous sourient, comme le ciel. A nous de profiter de cette embellie.


Vous l’avez fait, et bien fait, en travaillant toute la journée -mais c’était la ponctuation de plusieurs mois de travail aussi bien au niveau national que dans vos fédérations- à l’amélioration finale du programme radical. Et vous pouvez être fiers du résultat.
Je ne reviendrai pas en détail sur les trois axes que nous avons retenus comme étant à la fois la vision moderne de la pensée radicale et nos priorités pour l’action politique : l’entreprise au cœur d’une économie équitable ; l’égalité réelle fondement de la cohésion sociale ; la République au cœur du changement.
On vous dira sans doute que tous les partis politiques font désormais le pari de la relance, de l’emploi, de la solidarité en le fondant d’abord sur l’entreprise. Et c’est vrai que nous voyons désormais pas mal de ralliés à l’entreprise affichant la ferveur des nouveaux convertis. Mais en aura-t-il fallu du temps, depuis cette époque où Robert Fabre marquait avec énergie le désaveu par les radicaux du collectivisme économique et de l’étatisation généralisée vers quoi on voulait les entraîner, en aura-t-il fallu du temps pour faire admettre à la gauche que la liberté, la responsabilité mais aussi l’impératif de solidarité peuvent se concrétiser dans l’entreprise, et pour faire admettre à la droite -l’a-t-elle d’ailleurs véritablement accepté ?- que l’entreprise elle-même peut prendre des formes, associatives, coopératives, participatives, d’intérêt général, etc. bref des formes autres que celles du libéralisme pur et dur, de la compétition sans foi ni loi, des diktats de la finance asservissant les hommes ! Vous étiez, vous les radicaux, des précurseurs de cette idée simple mais actuelle : une économie équitable doit être au service de l’homme et non l’inverse. C’est notamment -et vos travaux en témoignent- dans un nouveau rapport entre l’individu et le travail, dans un travail non subi mais choisi, que trouvera à se manifester demain l’humanisme radical.
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Quant à la vision moderne de l’égalité, là aussi vous avez bien travaillé. Pour les radicaux, la justice n’est pas l’égalité des conditions, l’égalité contrainte des situations, le nivellement des talents, des potentiels et des initiatives par un Etat omnipotent ou soucieux seulement d’une classe sociale ou d’une autre. Pas du tout. La justice que veulent les radicaux c’est l’égalité des droits et des chances, celle qui donne à tous les mérites, à toutes les intelligences, à tous les potentiels créatifs, les mêmes opportunités de s’épanouir individuellement et, ce faisant, d’enrichir la collectivité. Vous êtes, contre tous ceux qui voudraient limiter la liberté au nom de l’égalité et contre tous ceux qui prétendent défendre les libertés au prix de la solidarité, vous êtes la gauche de l’individu, cette gauche qui attend de l’épanouissement, tout au long de sa vie, de chaque citoyen le progrès général de la société.
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Et cet épanouissement, ce progrès ne sont possibles que grâce aux garanties institutionnelles proposées par la République. Moins que jamais nous ne devons consentir à l’effacement de l’idéal républicain -cette étrange ferveur jamais assouvie, toujours tendue vers une forme supérieure du bien public- derrière les seules formes de l’organisation démocratique.
On peut vivre en démocratie en ignorant ce qu’est la République. C’est le cas lorsque les démocraties ne sont plus que des mosaïques de communautés, de catégories sociales, de groupes ethniques ou de coorporation. Contre cette forme politique de cohabitation des groupes humains, les radicaux ont inventé la République laïque et sont plus que jamais décidés à la défendre mais aussi à l’exporter. La proposer à l’Europe pour sortir de l’impasse où la mettent aujourd’hui aussi bien l’impossibilité pratique d’un fédéralisme purement institutionnel que le désaveu civique d’une dérive européenne purement économique et technique. Mais proposer aussi au monde, aux organisations internationales, aux zones de conflit ouvert, à tous les peuples désemparés par une mondialisation sans principes, proposer à tous donc l’idéal -aujourd’hui utopique certes- d’une République universelle laïque où la marche vers la justice et la paix serait initiée par les garanties apportées à toutes les manifestations de la liberté d’esprit et de conscience.
J’ai suivi vos travaux sur tous ces sujets, j’en ai noté, tout à l’heure, les résultats remarquables et je peux vous dire, devant le programme que vous avez conçu, toute mon immense fierté : décidément les radicaux ne savent pas penser « petit ». Vous avez de belles et de grandes idées.
Trop d’idées, peut-être, diront certains… Et il est bien sûr qu’à voir la maille serrée avec laquelle vous avez tamisé toutes les interrogations sociales, un observateur tout à fait extérieur penserait, incrédule, que ces radicaux ont réponse à tout.
Mais ne vous laissez pas décourager par cette ironie, parce que vous sauriez facilement lui expliquer à quoi doit servir votre programme politique. Hé bien oui ! à quoi sert-il ?
Notre programme sert d’abord à vous identifier. Plusieurs de nos amis l’ont rappelé hier en Comité Directeur, quand on va au devant de nos concitoyens, quand on cherche réponse au désarroi de secteurs entiers de notre société -je pense au désarroi visible et violemment manifesté à l’automne de la jeunesse dans nos banlieues bien sûr, mais aussi à la désespérance des ouvriers sacrifiés sur l’autel des marchés financiers, à la solitude des ruraux que l’aménagement du territoire a oubliés, à la peur de ceux que menacent chaque jour toutes les insécurités, à l’inquiétude que le libéralisme économique mais également le conformisme social font peser sur les plus faibles et sur toutes les minorités- quand on prétend donc ouvrir le dialogue avec tous ceux qui se sont détournés de la politique parce qu’elle les méprisait, il faut avoir en effet réponse à tout. C’est la première utilité de notre programme. Il vous permettra, demain, comme vecteur de ce dialogue civique, de montrer à vos interlocuteurs qu’il existe une vision radicale de chaque difficulté sociale et qu’elle est faite avant tout d’humanisme. Il vous faut affirmer, c’est votre première responsabilité de militant, votre identité singulière, absolument irréductible à aucune autre pensée politique. Et c’est pourquoi je me réjouis aussi que paraisse à l’occasion de cette Convention et en même temps que notre programme pour l’avenir, le guide du nouvel adhérent radical qui rappelle à tous quelle est notre philosophie, dans quels combats historiques se sont forgées nos valeurs et quels grand aînés les ont fait vivre. Vous, radicaux, vous avez le devoir de dire à tous que l’imagination ne serait rien sans mémoire, et que, oui, « l’avenir vient de loin ». Voilà à quoi sert d’abord notre programme : avoir la force de conviction que donne la fierté.
Sa deuxième et grande utilité sera, dès demain, de nourir les nombreuses réunions politiques qu’il nous faudra tenir avec la gauche encore disloquée pour la convaincre de s’unir. Je veux insister un peu plus sur cette fonction unitaire de notre programme que sur sa fonction identitaire. J’y insiste plus car je sais qu’il n’est pas difficile de vous suggérer d’être fiers du radicalisme mais qu’il est un peu plus malaisé de vous convaincre de l’opportunité qui se présente encore à la gauche de répondre à l’attente du pays par l’union, seul moyen de gagner.
Je vous l’ai dit, nous avons senti, ces dernières semaines et notamment ces tout derniers jours, un frémissement, le début d’une prise de conscience.
Certes nous n’en sommes pas encore à l’union en marche, au rassemblement de toute la gauche vers des victoires électorales que seule sa division pourrait faire échapper tant la politique de la droite (…) désespère le pays. Nous ne sommes pas encore au seuil de l’alternance, il s’en faut. Mais enfin, cette gauche traumatisée par le 21 avril 2002, titubant pendant trois ans sans comprendre ce qui venait de lui arriver, frappée à nouveau par le séisme du référendum européen, cette gauche émiettée en autant de factions que d’ambitions présidentielles, cette gauche incapable d’opposer un front solide et de proposer une alternative crédible à l’arrogance cynique d’un Sarkozy, à l’indifférence pateline d’un Raffarin, à l’impuissance verbeuse d’un Villepin, cette gauche là qui paraissait tétanisée, électrocutée, pétrifiée, vient enfin de se réveiller.
On pourra ironiser sur les ambiguïtés de ce réveil, sur les malentendus qui subsistent entre tous les partis de gauche, sur les ambitions qui couvent sous les discours d’union, tout cela existe, c’est vrai, mais il est vrai aussi que lorsqu’on veut faire la paix, il faut commencer par un cessez le feu et que, cette semaine enfin, pour la première fois depuis quatre ans, toutes les forces de progrès se sont assemblées pour discuter au lieu de s’invectiver et de s’excommunier. Tous ceux qui ont assez le sens de leurs responsabilités historiques pour envisager d’exercer le pouvoir se sont enfin parlé.
Il reste beaucoup à faire, et à faire très vite. Mais je veux le dire ici devant vous et de façon nette, respectant, je crois, le mandat que vous m’avez donné au Congrès de Lyon : s’il existe une chance de faire gagner la gauche unie, dans le respect de toutes ses sensibilités, dans un partenariat loyal et équilibré, les radicaux ne seront pas coupables de l’avoir fait échouer.
Puisque l’expectative socialiste due à la multitude des candidats du PS met en échec l’hégémonisme habituel de mes alliés, puisque nos autres partenaires excédés par ce leadership condescendant s’en remettent en quelque sorte à la longue expérience que nous avons de ces rapports tumultueux, et bien les radicaux prennent la main, et ils la prennent pour aiguillonner l’attelage de l’union.
Nous avons assuré dès cette semaine une sorte de coordination, je dirai presque « administrative », de ce rassemblement esquissé. Communication sur le contenu du sommet de la gauche, mise au point des tracts communs et de la pétition populaire contre le CPE, ce sont les radicaux qui ont immédiatement traduit en gestes concrets, visibles par nos concitoyens, le désir d’unité à peine manifesté.
Et puis tout aussitôt nous avons proposé une méthode, une procédure propre à garantir qu’en effet le rassemblement de la gauche répondra aux attentes du pays et respectera l’équilibre entre les forces qui la composent, je veux parler du mécanisme des primaires « à l’italienne ». Puisque même la légitimité socialiste est éclatée en une dizaine de pré candidatures -aussi nombreuses, en vérité, que les miroirs tendus par les médias-, puisque les autres formations n’offrent pas de candidats à la présidentielle susceptibles de réunir la gauche dès le premier tour, seul l’appel aux citoyens qui espèrent dans cette union peut nous aider à sortir du cercle rouge où nous nous sommes enfermés : si les primaires ne sont pas très rapidement organisées, le processus incertain de la désignation du candidat socialiste nous obligerait dans huit ou neuf mois à accepter le choix -qui nous serait alors imposé- d’un candidat aujourd’hui ultra minoritaire dans son propre parti. Et comme nul ne l’accepterait, la division de la gauche aurait dès lors les mêmes effets mortifères qu’en 2002 et pour les mêmes raisons. Mais alors, devant le pays, nous serions inexcusables.
Je le dis très fermement : il existe encore une chance de rassembler la gauche il faut la saisir d’urgence.
Mais les radicaux, s’ils sont aujourd’hui les plus actifs et les plus résolus en faveur de l’union, ne peuvent, c’est une évidence logique, être seuls à la mettre en œuvre. Si l’irresponsabilité de l’extrême gauche -que nous avons, pour notre part, définitivement enregistrée- devait être accompagnée par la persistance de divisions socialistes suicidaires (et je pèse mes mots), alors nous aurions non seulement le droit mais le devoir d’avoir notre propre candidat et de proposer nos propres idées à l’approbation populaire.
Je vous l’ai dit à Lyon et répété à Arles, je vous le confirme aujourd’hui : nous ne laisserons pas nos partenaires nous entraîner dans une défaite programmée et quasi volontaire. Dès le début de l’automne nous dresserons le bilan des tentatives de rassemblement et si la dynamique d’union programmatique et stratégique est en échec, au moins provisoire, nous la relancerons par une candidature radicale dont le premier objectif sera d’élargir, pour un rassemblement ultérieur où nous serons peut-être mieux placés, le terrain d’une future majorité de progrès.
Entendez bien, mes chers amis, chacun des mots que je prononce (et ne me dites pas ensuite que je ne m’étais pas clairement exprimé) : une future majorité de progrès. Cela signifie que toujours l’élection présidentielle -c’est l’esprit même de cette institution- a été marquée par une ouverture politique sauf dans le scénario inédit de 2002. Cela signifie encore que, pour gagner, la gauche devra, au deuxième tour au moins, rassembler, outre ses électeurs traditionnels, des forces qui ne lui sont pas acquises. Cela signifie également que l’intensité et la cruauté des divisions qui traversent la droite laisseront nécessairement des électeurs républicains mais aussi des responsables partisans désorientés. Cela signifie enfin que les radicaux auront, dans ce cas de figure, la responsabilité de dessiner la nouvelle configuration politique permettant de battre la droite extrême alliée à l’extrême-droite.
Et alors oui, vos idées, votre programme seront nécessaires. Plus seulement pour vous identifier, plus seulement pour élaborer une plateforme comme on cherche un plus petit dénominateur commun, mais pour fixer une partie de l’opinion, à la recherche d’une perspective nouvelle faite de dynamisme économique et de solidarité sociale, faite de liberté individuelle et de justice collective, faite de laïcité scrupuleuse et d’humanisme respectueux. Croyez-moi, dans ce cas-là, la gauche sera bien heureuse que les radicaux aient gardé intactes leurs capacités de dialoguer avec le pays.
Je sais, votre bouillant désir d’action militante et surtout votre impatience : qui ? Qui ? Qui sera notre candidat ?
Vous savez tous aussi que je ne sortirai pas de la feuille de route que vous m’avez tracée. Vous savez tous quel pourrait être le nom de notre candidat, quel pourrait être celui de notre candidate, ou mieux encore, quels pourraient être ensemble les noms de nos deux candidats. Vous le savez bien. Mais je ne me conduirai pas comme un chef de faction socialiste ni vous comme une minorité décidée à nuire pour exister. Aussi longtemps que subsisteront les chances d’une large union sur les bases que j’ai rappelées, je n’irai pas, rabâchant en une pré campagne exaspérante, que nous sommes d’ores et déjà déterminés à aller jusqu’au bout avec notre propre candidat.
Mais je ne nous laisserai pas enfermer. Et le moment venu, je vous dirai tout aussi clairement : « allons-y sous notre propre drapeau et tentons, par nos propres moyens, de faire gagner la gauche même malgré elle ».
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Vous pouvez avoir confiance dans l’avenir parce que nous l’avons bien préparé.
Des luttes politiques terriblement difficiles s’annoncent mais je peux vous garantir que vous allez y participer. Ne relâchez pas votre effort. Continuez le magnifique travail que vous avez conduit. Je vous ai remerciés et félicités pour aujourd’hui. Je vous promets que votre attente, que vos espoirs ne seront pas déçus demain.
Vous le sentez, le vent se lève. Qu’il porte très loin les idées dont vous l’avez fécondé !

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