Le blog de l'actualité radicale de Pascal-Eric Lalmy

Mon ancien blog sera consacré à partir de la rentrée à l'actualité politique. J'ai désormais un nouveau site personnel http://lalmy.unblog.fr/

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Pascal-Eric Lalmy, conseiller municipal de Osny et président du PRG95, mes blogs illustrent la diversité de mes engagements.

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Lalmy 2008

jeudi, février 16, 2006

S’en sortir par l’Europe

Par Yvon Collin
Sénateur PRG de Tarn-et-Garonne
Membre de la délégation du Sénat pour la Planification

Pendant que les parlementaires adoptaient le projet de loi de finances pour 2006 avec un déficit de 46,947 milliards d’euros, la Mission présidée par Michel Pébereau rendait ses conclusions alarmantes. Une dette publique multipliée par cinq en vingt-cinq ans passant de 21% du PIB à 66% actuellement, un niveau d’endettement supérieur à 1100 milliards d’euros sans compter les engagements de l’Etat estimés à près de 1000 milliards d’euros. La Mission Pébereau devrait bientôt présenter un engagement chiffré pour réduire la dette. Ce qui est certain, c’est qu’une approche exclusivement franco-française de notre économie ne suffira pas à résorber les déficits publics, ni d’ailleurs à réduire significativement le chômage et à relancer l’investissement. Plus que jamais, il est temps d’inscrire la politique conjoncturelle dans un contexte européen. En effet, la plupart des pays de la zone euro connaissent un déficit de croissance par rapport à leur potentiel réel, ce qui pèse sur leurs recettes publiques et aggrave leurs déficits. Certes, la zone euro souffre également de freins structurels à la croissance : déficit d'innovation, de recherche et de formation supérieure, utilisation insuffisante de la ressource humaine. La France offre, hélas, quant à elle, une illustration criante de ces blocages. Malheureusement, les réformes qui permettraient de lever ces freins structurels ne se traduiront par une élévation du potentiel de croissance de l'Europe que dans quelques années. Or nous sommes dans une situation d'urgence : urgence politique, eu égard à l'état des opinions publiques qui n’ont plus confiance dans les institutions européennes ; urgence économique, car, à poursuivre l'ajustement des comptes publics sans croissance, nous risquons de n'avoir que plus de déficit et plus de chômage. Tous les économistes savent enfin qu’il est impossible de conduire des réformes structurelles sans croissance. La question qui est posée aujourd'hui à la France et à tous les pays de la zone euro est la suivante : comment stopper la dérive des finances publiques sans casser la croissance ? Il est tout à fait illusoire d'espérer atteindre ce double objectif tant qu'une impulsion forte ne sera pas intervenue au niveau européen. Compte tenu du degré d'interdépendance des économies européennes, la régulation conjoncturelle de l'activité est une question d'intérêt commun. Or, la politique monétaire mise à part, les politiques de régulation de la conjoncture - politiques budgétaires ou salariales - sont des politiques nationales. Cette situation favorise les stratégies individuelles des Etats membres de la zone euro lorsqu'il faudrait au contraire une véritable coordination des politiques économiques. On peut citer à cet égard l'exemple de l'Allemagne, engagée dans une stratégie de désinflation compétitive, fondée sur la maîtrise des coûts salariaux et la conquête de parts de marché à l'exportation. Cette stratégie rapporte évidemment quelques dividendes à l’Allemagne, comme le montrent ses gains récents de parts de marché. Ceux-ci coïncident d'ailleurs de manière troublante avec les pertes de parts de marché enregistrées par la France. Cela n'a toutefois pas pour autant dopé la croissance allemande, en raison de la faiblesse des revenus salariaux et de la consommation.
Que doit faire la France dans ce contexte ? Plutôt que chercher également à maîtriser les coûts salariaux et à s'engager dans cette course à la compétitivité, au risque d'aggraver la dérive déflationniste de la zone euro, notre pays devrait proposer à ses partenaires une réflexion sur une véritable stratégie coopérative en faveur de la croissance. Pourquoi, malgré l'assainissement de la situation financière des entreprises et le redressement de la rentabilité, malgré une épargne abondante et une économie globalement compétitive, l'investissement de la zone euro est-il aujourd'hui inférieur en volume à ce qu'il était en 2000, alors que, depuis dix ans, il a doublé aux Etats-Unis ? Cela tient à une raison finalement assez simple, qu'il faut regarder avec lucidité : la zone euro n’a plus de crédibilité en terme de croissance. Dès lors, une initiative politique et collective de l'Eurogroupe est indispensable pour restaurer la confiance des citoyens et des entreprises européens.

Tout d’abord, l'Eurogroupe doit clairement affirmer sa confiance dans l'euro et rappeler que la monnaie européenne permet à l'ensemble des pays de la zone de profiter durablement de taux d'intérêt bas. Deuxièmement, l'Eurogroupe doit s'exprimer collectivement sur le taux de change euro/dollar, comme l'y invite le traité en vigueur. Le taux de change reste en effet un instrument très important de la politique industrielle. Par ailleurs, l'Eurogroupe doit affirmer que les politiques budgétaires sont aussi au service de la régulation conjoncturelle, dans le respect de la discipline budgétaire. Depuis cinq ans, le débat budgétaire en Europe est indigent car les Etats ne respectent pas les engagements qu'ils prennent à l'égard de leurs partenaires dans le cadre du Pacte de stabilité, ce qui ne contribue certainement pas à restaurer la confiance dans l'économie européenne. Quant au résultat, il est affligeant car depuis que ce pacte a été signé, la politique budgétaire n'a plus joué aucun rôle significatif dans la gestion de la conjoncture européenne. Aux Etats-Unis, le budget a freiné l'activité lorsqu'elle était vive, pour la soutenir massivement après le ralentissement de 2000-2001 : entre 2000 et 2004, le gouvernement des Etats-Unis a injecté l'équivalent de plus six points de PIB dans l'économie. Cette politique recueille aujourd’hui ses fruits : le déficit public américain se résorbe grâce à la croissance retrouvée.

Enfin, si les taux d'intérêt sont les mêmes dans l'ensemble de la zone euro, les conditions de crédit peuvent considérablement varier d'un pays à l'autre, notamment du fait de systèmes financiers très différents. Les écarts de conjoncture observés ces dernières années tiennent d'ailleurs beaucoup à ces disparités. L'Eurogroupe doit donc inviter les pays de la zone euro à unifier les pratiques et institutions par lesquelles se transmet la politique monétaire, pour aller vers un système financier plus homogène. Nous-mêmes, en France, devons rompre avec les règles et pratiques malthusiennes qui, certes, confortent les profits bancaires et rassurent les superviseurs, mais nous coûtent chaque année de la croissance.Maintenir une croissance économique soutenue exige du volontarisme et des mécanismes adaptés : le Gouvernement et les pays de la zone euro ont voulu l'ignorer mais la réalité le leur rappelle aujourd'hui.

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