Le blog de l'actualité radicale de Pascal-Eric Lalmy

Mon ancien blog sera consacré à partir de la rentrée à l'actualité politique. J'ai désormais un nouveau site personnel http://lalmy.unblog.fr/

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Pascal-Eric Lalmy, conseiller municipal de Osny et président du PRG95, mes blogs illustrent la diversité de mes engagements.

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Lalmy 2008

jeudi, avril 27, 2006

Radical : un hold-up sémantique


Il faut nous y habituer : « radical » est aujourd’hui un qualificatif très en vogue. Il se décline sur tous les modes : Dominique Strauss-Khan défend un réformisme radical, les militants du Larzac inventent le radicalisme altermondialiste, les trotskistes tirent la bannière de la gauche radicale, les nationalistes corses radicalisent leur combat et les fous de Dieu combattent pour un Islam radical ! Et nous, les radicaux du Radicalisme historique, militons pour un humanisme radical ! « Est-ce grave docteur ? »
Que le mot radical se soit imposé dans le langage journalistique et dans l’opinion, comme ce qui désigne tout courant émergeant non institutionnel ou toute organisation contestataire des pouvoirs en place, est conforme au dictionnaire. Le Larousse définit bien le radicalisme comme l’attitude d’esprit ou la doctrine de ceux qui veulent une rupture complète avec le passé institutionnel et politique. Précisant le caractère de cette position intransigeante, il ajoute qu’elle est catégorique et sans concession. Telle est bien la compréhension spontanée et populaire du mot « radical » à tel point qu’il nous est parfois demandé à nous, militants radicaux, la nature de nos liens avec les courants extrémistes !
Désignés par un même qualificatif, ces mouvements politiques et religieux sont très hétérogènes par leur raison d’être et leur combat. La radicalité qui les caractérise signifie seulement qu’ils se posent comme les pendants extrêmes d’institutions classiques ou d’organisations qui ont pignon sur rue. C’est ainsi que L’Islam radical double l’Islam modéré, la gauche radicale, la Gauche, les corses radicaux la vitrine légale des nationalistes, et ainsi de suite…Il serait utile de comprendre la raison d’être de ces jumeaux extrémistes, qui répondent soit à un vieillissement des organisations, soit à des exigences sociales nouvelles qui ne sont pas satisfaites, soit à une crise générale de légitimité des pouvoirs constitués. Quelles qu’en soient les causes, il faut s’intéresser aussi à cet autre fait : ces jumeaux extrémistes sont parfaitement intégrés dans le système médiatique et y jouent parfaitement un rôle.
En proportion de leur poids politique, nombre et représentativité sociale, qui sont objectivement faibles, ils parviennent à imposer leur présence et se faire connaître de l’opinion par des actions spectaculaires, iconoclastes, parfois violentes voire terroristes. La logique des médias aidant, leur audience est alors décuplée. Le système médiatique par la recherche journalière de « l’actu » ne fonctionne qu’avec les faits saillants, hors normes, inhabituels, scandaleux. Les médias sont donc journellement le miroir des faits divers, et outre les catastrophes naturelles, ils s’appliquent à se faire l’écho des couacs, discordes ou dérapages venant des lieux de pouvoir, et symétriquement, de la réaction de leurs contradicteurs ou doubles les plus « radicaux ». La radicalité exige toujours plus de provocation et d’excès pour conserver son image. J’en veux pour preuve l’annonce de José Bové, privé d’OMC à Cancun, de faire à la place un sit-in à Cancon en Lot-et-Garonne. Quand la fête tient lieu de politique !
La radicalité à la mode est un pur produit de nos sociétés d’images et de représentation télévisuelle. A la place du citoyen, le journaliste règle les débats, oriente les controverses, arbitre entre les protagonistes. Pour sa scénographie il lui faut des caricatures, lisibles d’emblée. Au premier coup d’œil, le téléspectateur doit avoir repéré les camps. Sinon il s’ennuie et zappe, la « communication » a échoué. La démocratie parlementaire s’est pliée à ces exigences télévisuelles. Il faut faire court, stéréotypé ; nuances et raisonnements s’abstenir ! La vie démocratique est devenue une scène où les pouvoirs se mesurent de façon factice et où débats et délibérations s’exécutent par procuration. Le citoyen n’est plus qu’un voyeur capricieux. Les sondages courent derrière l’opinion volatile. Ne s’est-on jamais soucié de mesurer la frustration de ceux qui ne confondent pas encore monde virtuel et monde réel ?
Alors que faire ?
Pour les radicaux, le Radicalisme est une boussole dont les principes et les valeurs s’appuient sur la raison individuelle et l’esprit d’examen. La radicalité qu’exige cette doctrine concerne moins l’intransigeance que la démarche critique qui se méfie des idées toutes faites et des modes. La compréhension pauvre de la radicalité comme intransigeance - qui prévaut aujourd’hui - porte à accepter des attitudes qui sont précisément combattues par le Radicalisme authentique : sectarisme, aveuglement, intolérance.
Le hold-up sémantique auquel nous assistons ne laisse pas les radicaux indifférents car, outre d’encourager ce contre quoi le Radicalisme historiquement s’est constitué – le dogmatisme et les violences – , il légitime une sorte d’inversion des valeurs. Dans le miroir télévisuel, qui n’est pas extrémiste apparaît faible ; non violent, sans courage ; mesuré, sans conviction ; sans outrance, insipide ; raisonnable, sans aucun intérêt. L’idéologie qui domine l’époque, pliée au système des médias, fait passer la gesticulation bruyante pour du courage et le sectarisme pour de la conviction..
La confusion est telle que certains croient voir dans les combats du mouvement social et des altermondialistes les formes modernes et renouvelées du Radicalisme. D’autres, pour concilier l’image du Radicalisme de pouvoir aux antipodes du radicalisme de provocation en appellent à l’histoire et à l’intransigeance des premiers radicaux en lutte pour installer durablement la République en France.
Aux premiers, on serait tenté de répondre, soit, mais on assiste à la montée, à l’échelle internationale, d’un front anticapitaliste, néomarxiste, qui n’a rien à voir idéologiquement avec la doctrine radicale. Plus encore, la bataille politique pour faire triompher leurs idées n’a jamais été menée par les radicaux hors des enceintes de la démocratie parlementaire. Le Radicalisme n’a jamais prôné la rue contre les institutions.
Aux seconds, il faut répondre que l’intransigeance des fondateurs du radicalisme concernait des combats institutionnels, de Ledru-Rollin pour instaurer le suffrage universel à Clemenceau pour faire triompher la cause nationale. Jamais les radicaux n’ont combattu les institutions, au contraire, leur contribution à l’histoire est de les avoir installées. Les politiques réformistes qui ont suivi avaient pour objectif de parfaire, de l’intérieur, les institutions républicaines et non pas de les fragiliser ou mettre à bas. Aujourd’hui, ceux qu’on qualifie de « radicaux » sont farouchement opposés aux institutions et contribuent à en affaiblir la légitimité. Les islamistes radicaux veulent s’emparer du pouvoir pour fonder, au mépris de la laïcité, des Etats religieux, l’extrême gauche radicale renvoie dos-à-dos républicains et démocrates, gauche et droite, rêvant de faire table rase du passé et d’un nouveau grand soir. Le trotskisme tient vraiment sa revanche historique, aujourd’hui, sur le communisme.
Le Radicalisme politique est moderne. Mais pas dans ce sens dominant et dévoyé d’extrémisme. Il signifie tout aussi rigoureusement : « remonter à la racine des choses » « qui vise à atteindre quelque chose dans ses causes profondes ». La pensée radicale qui instruit, éveille au sens critique, apprend à exercer des responsabilités, n’a jamais disparue. Cette forme d’esprit progresse tout autant dans nos sociétés modernes que celle qui n’encourage que le dogmatisme. Elle est simplement beaucoup moins bruyante. On peut même supposer qu’elle est majoritaire tant l’on sait le rejet, chez la plupart des hommes, des positions extrémistes et violentes. Pour autant, la pensée moderne radicale n’en est pas moins intraitable avec les croyances régressives, les démagogies dangereuses et les idéologies contraires à l’humanisme. Parce qu’il est du devoir des partis politiques de déchiffrer la réalité et de produire des réflexions communes et des actes pour la transformer, le Radicalisme trouve là toute sa place. Il lui faut, à cette fin, et pour contribuer à la refondation idéologique de la gauche, mener la bataille sémantique pour redonner à la radicalité sa force idéaliste et constructive.
Les vrais adeptes de la radicalité, aujourd'hui, sont ceux qui oeuvrent pour une rupture institutionnelle : le passage à la VIème République. Les radicaux y voient là le coeur d'un nouveau projet politique de gauche rassemblant largement tous ceux qui veulent revitaliser la démocratie et approfondir les idéaux républicains.
Elisabeth Boyer, conseillère régionale d'Ile-de-France

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