Le blog de l'actualité radicale de Pascal-Eric Lalmy

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Pascal-Eric Lalmy, conseiller municipal de Osny et président du PRG95, mes blogs illustrent la diversité de mes engagements.

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Lalmy 2008

samedi, août 05, 2006

Ce n'est pas le pays qui est malade, c'est sa démocratie, par Roger-Gérard Schwartzenberg

Roger-Gérard Schwartzenberg, député (PRG) du Val-de-Marne ; ancien ministre, auteur de 1788, essai sur la maldémocratie (Fayard)..
Publié le 08 juillet 2006, dans Le Figaro
Trente ans après, réédité avec une préface très pénétrante d'Hélène Carrère d'Encausse, Le Mal français reste d'un intérêt majeur pour la compréhension du présent. On connaît le diagnostic d'Alain Peyrefitte : au lieu d'être une «société de confiance», fondée sur le consentement mutuel, la France pâtit à la fois de structures centralisées à l'excès et de mentalités collectives rétives aux réformes. D'où une société figée où l'innovation est inhibée.
Alain Peyrefitte décrit une société envahie, voire colonisée par un État central qui enferme le pays dans un carcan. Cet État pesant et omniprésent est le résultat de toute une histoire nationale. De Philippe le Bel à Colbert, des Jacobins à Bonaparte, la mystique de l'État a fait de la France une société administrative, traitant les Français en administrés plus qu'en citoyens, se défiant des corps intermédiaires et des libres initiatives de la société civile.
Certes, la décentralisation, instituée en 1982-1983, puis renforcée en 2003-2004, a rompu avec cet «effort multiséculaire de centralisation», dont parlait de Gaulle, et desserré ce corset étatique. Elle a redistribué les compétences vers les collectivités territoriales. Pour accroître la proximité dans la prise des décisions. Pour renforcer leur adéquation aux vrais besoins, mieux perçus sur place qu'au niveau national.
Pourtant, telle qu'elle est aujourd'hui, la décentralisation comporte un défaut majeur : la multiplication des niveaux de décision. La France est le seul État non fédéral d'Europe à posséder cinq échelons administratifs : l'État, 26 régions, 100 départements, 18 000 groupements intercommunaux et 36 500 communes.
Cette décentralisation par sédimentations successives a créé un enchevêtrement de compétences. Perdu dans ce dédale de l'action publique, le citoyen ne sait plus réellement qui fait quoi, quelle collectivité a quel pouvoir dans ce mille-feuille superposant les strates administratives. Si on ne simplifie pas l'architecture des collectivités territoriales, si on ne rend pas leurs processus de décision plus transparents et plus lisibles, la démocratie locale se transformera en République des fiefs. À l'écart des citoyens devenus spectateurs d'un pouvoir exercé par de nouveaux feudataires, dirigeant régions et départements. La vraie démocratie participative, celle qui permette réellement aux Français de participer sur place aux choix essentiels reste encore à bâtir.
En revanche, en 2006 comme en 1976, il est plus difficile d'adhérer au second diagnostic du Mal français : notre mentalité collective serait portée à l'immobilisme et au refus des réformes. En fait, les Français ne sont pas hostiles au changement, mais ils entendent que ce changement soit effectué avec leur assentiment, en étant impliqués démocratiquement dans les décisions qui l'opèrent. De Gaulle en 1958, Mitterrand en 1981 ont pu faire nombre de réformes, parce qu'ils les avaient clairement proposées aux Français, parce qu'ils avaient reçu du suffrage universel mandat de les réaliser. Ce que refusent nos concitoyens, ce n'est pas la réforme, c'est la réforme sans la démocratie. On ne réforme pas une société par décret ou par diktat technocratique.
Alain Peyrefitte dénonçait déjà la montée en puissance de la technocratie. Depuis, ce phénomène s'est notablement aggravé. En réalité, ce n'est pas la France qui est malade, mais son système politique, devenu une «maldémocratie» fonctionnant ou plutôt dysfonctionnant à l'écart du suffrage universel. La France est dirigée par caste restreinte, qui procède peu de l'élection et qui décide loin des urnes et des hémicycles. Issus des mêmes milieux, écoles et cabinets, ces nouveaux patriciens sont interchangeables. Hier grands commis, aujourd'hui ministres, demain PDG. Ou l'inverse. Cette nouvelle aristocratie fait peu de cas du Tiers État populaire, consulté pour la forme dans des scrutins qui restent sans conséquences. Avec ce peuple écarté du pouvoir par une classe dirigeante dans laquelle il ne se reconnaît pas, la France de 2006 rassemble à celle de 1788.
De plus, cette caste semble avoir renoncé à tout projet collectif, à toute idéologie du progrès, quand elle n'adhère pas aux thèses déclinistes. Si la France a connu les Trente Glorieuses de 1945 à 1975, c'est surtout parce qu'elle était dirigée par des élites nouvelles, souvent issues de la Résistance et attentives aux aspirations populaires. La IVe République puis la République gaullienne ont assuré la reconstruction, rénové l'économie et bâti l'Europe. En proposant aux Français un dessein collectif.
En revanche, les élites d'aujourd'hui paraissent avoir cessé de croire en leur propre nation et en son élan collectif. Certes, la mondialisation croissante de l'économie est une donnée incontournable. Mais pas au point d'accepter de transformer la France en petite province d'un Bas Empire sans gouvernance. À la différence de leur classe dirigeante, les Français restent, pour leur part, attachés à une ambition nationale et à «une certaine idée de la France» conçue comme la messagère de valeurs universelles.
Dorénavant, le décalage est perceptible entre une société active, innovante et une élite archaïque, usée, lasse de gouverner. Le mal français, aujourd'hui, c'est surtout cette discordance entre le Tiers État populaire et une caste restreinte, distincte et distante du reste de la société, qui ne se reconnaît ni en elle ni dans le scepticisme qu'elle affiche sur notre destin collectif.

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