Le blog de l'actualité radicale de Pascal-Eric Lalmy

Mon ancien blog sera consacré à partir de la rentrée à l'actualité politique. J'ai désormais un nouveau site personnel http://lalmy.unblog.fr/

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Pascal-Eric Lalmy, conseiller municipal de Osny et président du PRG95, mes blogs illustrent la diversité de mes engagements.

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Lalmy 2008

vendredi, septembre 08, 2006

Existe-t-il un féminisme musulman?

Tel est le thème du colloque organisé à l'UNESCO par la commission Islam & Laïcité, créée par la Ligue de l'Enseignement, les 18 et 19 septembre prochains.
Ce colloque a pour objectif de faire connaître les travaux d'un nombre de plus en plus grand de femmes musulmanes (américaines, pakistanaises, indiennes, Françaises, Espagnoles, Nigérianes ...) et leur implication dans la transformation de leur société, en particulier dans la lutte contre le patriarcat et toutes les inégalités de genre, à partir de leurs références musulmanes.

UNESCO
Entrée libre. Inscription obligatoire
Courriel f.mensah@unesco.org
fax : 01.45.68.57.26
www.islamlaicite.org

Programme du colloque

Le statut des femmes dans le monde musulman a, ces dernières années, fait l’objet de multiples études et controverses, déchaînant les passions, exacerbant les fantasmes, créant des stéréotypes souvent déconnectés d’une réalité bien plus complexe. Néanmoins, le discours et le mouvement émergeant, que l’on nomme « féminisme musulman », sont bien moins connus et débattus.
Ce colloque voudrait faire connaître les travaux d’un nombre de plus en plus grand de femmes musulmanes (Américaines, Pakistanaises, Indiennes, Françaises, Espagnoles, Nigérianes…) et leur implication dans la transformation de leur société, en particulier dans la lutte contre le patriarcat et toutes les inégalités de genre, à partir de leurs références musulmanes, mais aussi comme partie du mouvement mondial pour les droits des femmes. Le colloque rendra compte des recherches et expériences, qui seront présentées par des intervenantes venues de régions du monde différentes, et qui engageront un dialogue interculturel et leurs réflexions sur l’islam et les droits des femmes avec le public.
A travers le monde entier, ces intellectuelles et militantes cherchent et élaborent des outils de réflexion et des méthodes d’action pour lutter contre les inégalités dans leurs sociétés. Les stratégies et les priorités peuvent varier, mais toutes placent l’éducation au cœur du processus d’autonomisation des femmes. Les féministes musulmanes interrogent la question du statut des femmes dans les sociétés musulmanes et offrent une approche alternative des droits des femmes dans l’islam à partir d’un retour aux sources, d’une relecture et d’une réinterprétation des textes sacrés.
Cet effort a été poursuivi par les femmes d’autres religions également. Ainsi, ce colloque présente un aperçu des dialogues qui ont eu lieu parmi les femmes pratiquantes et les féministes laïques de différents pays et milieux sociaux, qui interrogent les notions de droits et de liberté dans la religion et la société.
Il nous semble particulièrement important de suivre le débat sur l’islam et les droits des femmes, et surtout de s’intéresser de plus près au phénomène du féminisme musulman. La question de la place et du rôle des femmes dans les sociétés musulmanes est la plupart du temps méconnue en Europe, recouverte par des représentations fausses. Déconstruire les stéréotypes et comprendre le discours et le mouvement émergeant du féminisme musulman reste l’objectif de ce colloque.

Lundi 18 septembre, 14h00 – 18h00

Ouverture du colloque par Françoise Rivière, Sous-Directeur général de l’UNESCO pour la Culture et Alain Gresh, président de la Commission islam et laïcité
Femmes, religions et droits : analyser les discours et les mouvements Françoise Gange (France) Mathilde Dubesset (France) Margot Badran (Etats-Unis) Valentine Moghadam (Iran et Etats-Unis)
Modératrice : Bénédicte du Chaffaut

Mardi 19 septembre, 10h00 – 17h30

Témoignages – Points de vue : les femmes musulmanes interprètent les textes Séance de 10h00 – 13h00 : Amina Wadud (Etats-Unis) Asmaa Bekada (Qatar), Nadia Yassine (Maroc)
Modératrice : Siham Andalouci
Séance de 14h30 – 17h30 : Norhayati Kaprawi, Sisters of Islam (Malaisie) Nouzha Guessous (Maroc) Malika Hamidi (Bruxelles)
Modératrice : Ismahane Chouder
Présentation des intervenantes

Françoise Gange, philosophe et sociologue, elle a consacré son travail à l’exploration des mythes. Elle a publié de nombreux ouvrages, dont Avant les Dieux, la Mère universelle, Alphée et Jésus et les Femmes, livre-phare, très censuré en France.

Mathilde Dubesset, historienne, maîtresse de conférence à l’IEP de Grenoble, spécialiste de l’histoire des femmes et du genre, notamment dans le champ religieux.
Margot Badran, historienne, professeure en études féminines, chercheuse au centre Prince Alwaleed bin Talal for Muslim-Christian Understanding à l’université de Georgetown et professeure associée à l’Université Northwestern. Elle a notamment écrit Feminism beyond East and West : New Gender Talk and Practice in Global Islam ; Feminists, Islam, and Nation : Gender and the Making of Modern Egypt ; Opening the Gates : An Anthology of Arab Feminist Writing (deuxième édition), et, sous sa direction, Gender and Islam in Africa : Discourses, Practices and Empowerment of Women (à paraître).
Valentine Moghadam, sociologue et chef de la section « Egalité des genres et développement » à l’UNESCO. Elle est l’auteure d’une étude sur le féminisme islamique en Iran (Signs, 2002), de Modernizing Women : Gender and Social Change in the Middle East (1993 ; réédition 2003), de Women, Work and Economic Reform in the Middle East and North Africa (1998). Et, début 2005, de Globalizing Women : Transnational Feminist Networks, The Johns Hopkins University Press. En 1994, son ouvrage Identity Politics and Women : Cultural Reassertions and Feminisms in International Perspective était le premier à examiner les fondamentalismes de manière comparative et à travers les cultures.
Bénédicte du Chaffaut, sociologue et théologienne catholique spécialisée en islamologie, membre de la Commission islam et laïcité.

Amina Wadud, Professeure d’études islamiques aux Etats-Unis, auteure du nouveau livre Inside the Gender Jihad, oneworld Publisher, et du classique Qur’an and Woman.Asmaa Bekada, productrice de programmes à la chaine ’’Aljazeera’’ et plus particulièrement du programme ’’seulement pour les femmes ’’ de 2001à 2005 où elle a notamment traité du féminisme musulman, thème qu’elle a aussi présenté dans diverses conférences internationales . Specialisée en Sciences politiques ’’ relations internationales’’.
Nadia Yassine, diplômée de Sciences politiques, écrivain, porte-parole du mouvement islamiste marocain Al-Adl wal Ihsan (Justice et Spiritualité), fondatrice et dirigeante de la section "Femmes" du mouvement.
Siham Andalouci, membre de Présence musulmane, du Collectif des Féministes pour l’égalité et de la Commission islam et laïcité.
Norhayati Kaprawi est directrice des programmes d’une organisation de Femmes en Malaisie, Sisters in Islam (SIS). Elle est responsable des programmes d’éducation publique, de la communication, de la documentation et des médias.
Nouzha Guessous, membre de la commission consultative chargée de la révision de la Moudawana au Maroc. Professeure Nouzha Guessous Idrissi est biologiste médicale, présidente du Comité international de bioéthique (UNESCO), membre du Comité d’éthique de la recherche biomédicale de Casablanca, et de l’Association marocaine de bioéthique.
Malika Hamidi, chercheuse en science de l’éducation et de la société à Lille 3. Coordinatrice de l’European Muslim Network, groupe de réflexion sur la question de l’islam en Europe, et actrice de la société civile engagée sur le terrain de l’action et de la réflexion sur la question des femmes.
Ismahane Chouder, membre de Participation et spiritualité musulmanes et de la Commission islam et laïcité, vice-présidente du Collectif des Féministes pour l’égalité.

Note préliminaire
Promouvoir un changement culturel pour l’égalité des genres

Valentine M. Moghadam
Sciences sociales et humaines, UNESCO
Le “féminisme musulman” a fait l’objet d’analyses et de débats depuis près d’une dizaine d’années. Ce terme a été inventé par des féministes iraniennes expatriées au début des années 1990, afin de décrire un nouveau discours parmi les femmes croyantes en République islamique d’Iran, qui ont retranscrit leurs idées dans un magazine intitulé Zanan (Femmes). Un débat s’est développé de ce fait, débat qui tourne autour de questions telles que : est-ce que l’islam est compatible avec le féminisme ? Est-il possible que le féminisme s’exprime dans le cadre d’un discours musulman ? Le féminisme musulman peut-il apparaître comme une alternative au fondamentalisme, ou bien comme une menace pour les discours et mouvements laïcs ?

La recherche universitaire a défini le féminisme musulman comme un mouvement réformateur qui a permis un dialogue entre les femmes religieuses et les féministes laïques, tout en ouvrant la voie à de nouvelles solutions en faveur de l’égalité des genres et de la participation des femmes aux doctrines et pratiques religieuses. Le magazine Zanan a avancé que les asymétries de genre avaient des fondements davantage sociaux que naturels ou divins, et que la plupart de ce que l’on considérait comme le droit musulman constituait des interprétations patriarcales du Coran et du début de l’Histoire de l’islam. Ceci soulevait la question de l’ijtehad (raisonnement indépendant, interprétation religieuse) et du droit des femmes à (ré)interpréter le droit musulman. En Iran et ailleurs, le discours du féminisme musulman s’est accompagné de mouvements défiant la discrimination au sein du droit musulman de la famille.

Le féminisme musulman est un discours de femmes urbaines instruites (et de quelques hommes) qui ont relu le Coran et étudié les débuts de l’Histoire de l’islam pour récupérer leur religion des interprétations patriarcales et violentes, pour formuler la participation et les droits des femmes dans un langage religieux, et donner une légitimité théologique à un mouvement pour les droits des femmes dans le monde musulman. Les féministes musulmanes réclament leur droit à l’ijtihad, de même que leur droit à prendre part aux prières, voire à mener ces prières. Cette nouvelle tendance n’est pas acceptée par tous au sein de la communauté musulmane, mais il s’agit d’un élément d’un mouvement réformateur plus large au sein de l’islam.

De nombreux intellectuels musulmans se sont engagés, tout comme les féministes musulmanes, dans une forme de réforme religieuse ; certains se focalisant davantage sur le Coran, d’autres traitant des questions telles que l’islam et la démocratie, l’islam et les droits de l’homme, ou encore l’islam, la science et la philosophie. Le féminisme musulman est apparu à l’orée de la formulation de ces nouvelles alternatives et d’une réforme religieuse.

En plus de son entreprise théologique, le féminisme musulman doit être perçu, du point de vue sociologique, comme une réponse ou une réaction de la part de femmes, soit qui ont été déçues par les promesses des mouvements islamiques, soit qui ont refusé le projet fondamentaliste dès ses débuts et cherché à récupérer leur religion de ce qu’elles considéraient comme un mouvement politique douteux ou dangereux.

Parmi les féministes musulmanes les plus importantes, nous pouvons citer Shahla Sherkat d’Iran ; Amina Wadud, Asma Barlas, Riffat Hassan, Azizah al-Hibri, Leila Ahmed, et Margot Badran, qui vivent aux Etats-Unis ; et Ziba Mir-Hosseini du Royaume-Uni et d’Iran. La sociologue marocaine Fatima Mernessi a également fait d’importantes contributions intellectuelles. L’organisation de femmes malaises Sisters in Islam et l’organisation de femmes nigériennes Baobob sont affiliées au réseau transnational féministe Femmes sous lois musulmanes. En travaillant pour les droits humains des femmes, elles écrivent à la fois sur les lois musulmanes et les conventions internationales.

Le Premier congrès international sur le féminisme musulman a été organisé à Barcelone, du 27 au 29 octobre 2005, par Junta Islamica Catalan avec le soutien du Centre UNESCO de Catalogne à Barcelone. Des femmes et des hommes de communautés musulmanes du monde entier sont venus débattre du besoin d’un islam libéral, pluraliste, égalitaire et émancipateur. C’est dans ce même esprit que Junta Islamica en appelle au gender jihad (« jihad pour l’égalité des genres »).

En mars 2005, sur l’invitation de l’association Muslim Wake-Up aux Etats-Unis, l’universitaire afro-américaine musulmane Amina Wadud a mené une prière mixte à New York. Cet acte transgressif par rapport à la pratique commune fut critiqué par les conservateurs et acclamé par les réformateurs. La professeure Amina Wadud a aussi assisté au congrès de Barcelone ; sa présentation y a montré la profondeur de sa foi et sa forte croyance en l’égalité des femmes.
Reflétant l’analyse constante du féminisme musulman, la promotion de la participation et des droits des femmes, ainsi que l’intérêt de l’UNESCO pour la diversité et le changement culturels, une conférence sur le féminisme musulman sera organisée au siège de l’UNESCO, les 18 et 19 septembre 2006. Elle est sponsorisée par l’UNESCO et la Commission islam et laïcité. Les intervenantes viennent de pays divers tels que l’Egypte, les Etats-Unis, la France, l’Iran, le Maroc, et la Malaisie. Plusieurs associations seront présentes : Sisters in Islam, Commission islam et laïcité, Collectif des Féministes pour l’égalité, Participation et spiritualité musulmanes, Présence musulmane, le mouvement islamique marocain Al-Adl wal Ihsan, l’European Muslim Network, et le Alwaleed bin Talal Center for Muslim-Christian Understanding.

A l’aube du XXIe siècle, une population de femmes musulmanes instruites, éclairées et autonomes a émergé. Elles ont posé des questions fondamentales sur l’islam, les femmes et leurs droits ; ces questions peuvent aider à concrétiser une justice fondée sur le genre, faire évoluer les lois musulmanes et permettre des sociétés musulmanes modernes et égalitaires.

Dossier autour du colloque

Quand les femmes s’approprient les sources..., par Asma Lamrabet
Féminisme islamique : qu’est-ce à dire ?, par Margot Badran
Le féminisme islamique revisité, par Margot Badran

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