Le blog de l'actualité radicale de Pascal-Eric Lalmy

Mon ancien blog sera consacré à partir de la rentrée à l'actualité politique. J'ai désormais un nouveau site personnel http://lalmy.unblog.fr/

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Pascal-Eric Lalmy, conseiller municipal de Osny et président du PRG95, mes blogs illustrent la diversité de mes engagements.

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Lalmy 2008

mardi, novembre 14, 2006

Jury citoyen et contre-démocratie

"La liberté de tout dire n'a d'ennemi que ceux qui veulent se réserver le droit de tout faire" Marat.

Je suis en train de lire La contre-démocratie de Pierre Rosanvallon. Ce n'est pas vraiment un hasard d'une part c'est un livre d'actualité, d'autre part on y parle de l'érosion de la confiance dans les représentants et de citoyens, pas si passifs que ça, qui contestent, se mobilisent, manifestent leurs idées sur... Internet par exemple.
Vous aurez compris que tout cela permet de faire la jonction entre l'idée des "jurys de citoyens" de Mme Royal, et sa mésaventure numérique sur Dailymotion.

Pierre Rosanvallon explique que l'abstention ne signifie pas que les citoyens se désintéressent de la chose publique mais plutôt qu'ils ont trouvé d'autres espaces de citoyenneté : la rue, Internet, l'entreprise, les associations. Mais, surtout, ils ont développé des pouvoirs de surveillance, d'empêchement et de jugement et à côté du "peuple électeur" on a retrouvé le "peuple-vigilant", le "peuple-veto" et le "peuple-juge". Les citoyens ont redécouvert, la démocratie d'expression (prendre la parole), la démocratie d'implication (les associations au sens large), la démocratie d'intervention (les actions collectives pour obtenir un résultat) dont la démocratie d'élection/représentative avait tenté de faire la synthèse.

Tout cela conduit à une démocratie de la surveillance dont on peut dire que Mme Royal ne fait que prendre acte quand elle fait la proposition de soumettre les élus au contrôle de "jurys citoyens". L'idée n'est pas aussi neuve qu'elle aimerait nous le faire croire puisque, nous le verrons plus loin, elle eu une place centrale dans l'expérience révolutionnaire de 1789. Son utilité est sans aucun doute de faire descendre le peuple de l'Olympe où la démocratie représentative l'avait envoyé, tel un dieu invisible et silencieux s'exprimant par l'augure des urnes et des sondages. "Veiller, être en état d'alerte, être sur ses gardes sont des attributs essentiels de la citoyenneté" écrit Pierre Rosanvallon. Cela nous renvoie à la définition Antique du citoyen, c'est-à-dire celle du Demos qui surveille les Magistrats et n'hésite pas à les juger s'ils ont commis des fautes.
Pendant la Révolution les potentialités de la surveillance appraissent rapidement, le Club des Cordeliers se définit comme une "société de défiance et de surveillance" et, plus proche de nous, Pierre Rosanvallon nous signale un arrêt de la Cour de Justice de l'Union Européenne qui indique que : " La vigilance des particuliers intéressés à la sauvegarde de leurs droits entraîne un contrôle efficace" (pour vous donnez une idée j'ai même des collègues dont je n'avais plus de nouvelles depuis 5 ans qui m'ont envoyé LA vidéo...). Mais surtout, le citoyen "surveillant" a un rôle de dénonciation (tiens, tiens...), là encore on voit le lien avec la Révolution en pensant par exemple à L'ami du peuple de Marat qui publiait chaque jour la liste des ennemis de la Nation. Surtout, la dénonciation a une vertu cardinale, celle du scandale! Dénoncer un scandale c'est dévoiler ce qui était caché en exposant le/la/les fautif(s). En plus le scandale renforce l'organisation collective puisque la communauté civique se soude pour maintenir ses valeurs et les politiques renforcent les valeurs suspectées d'être bafouées par leurs déclarations vertueusement défensives.

En conclusion, il n'est pas nécessaire d'instituer les "jury citoyen", même quand il innove le PS a un métro de retard, la révolution des communications a déjà rendu au peuple son pouvoir de surveillance et les "alarmes incendies" citoyennes sont en place. Au-delà, la petite vidéo qui a été "balancée" sur le net l'a bien montré. Au surplus, autant Mme Royal, que ses compétiteurs, mais aussi ses concurrents de gauche et de droite, ont fait assaut de déclarations défensives, si bien qu'on peut penser que le projet exprimé par Mme Royal n'a plus aucune chance d'aboutir. Mais la boîte de Pandore est ouverte, le peuple-vigilant est éveillé et parions que nous ne tarderons pas à découvrir d'autres "scandales" sur Dailymotion ou YouTube.


Pierre Rosanvallon est professeur au Collège de France. Il préside également La République des Idées. Le présent ouvrage inaugure un nouveau cycle de ses travaux.

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