Le blog de l'actualité radicale de Pascal-Eric Lalmy

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Pascal-Eric Lalmy, conseiller municipal de Osny et président du PRG95, mes blogs illustrent la diversité de mes engagements.

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Lalmy 2008

mercredi, février 21, 2007

De bonnes raisons d'en finir enfin avec la maldémocratie

Par Roger-Gérard Schwartzenberg, ancien ministre. Député du Val-de-Marne. Président d'honneur du PRG.

Qui va remporter l'élection présidentielle ? Sans doute celle ou celui qui paraîtra le mieux à même de rompre avec la « maldémocratie », avec le mauvais fonctionnement de notre système politique qui tient le peuple à l'écart du pouvoir.
Les symptômes de ce mal démocratique sont évidents. Un président irresponsable. Un Parlement dévitalisé. Une classe politique traditionnelle reléguée dans les étages inférieurs du pouvoir mais bénéficiant d'une forte stabilité. Enfin, une nouvelle caste dirigeante, compacte et réduite en nombre, qui décide de tout. Loin des urnes et des Hémicycles.
D'abord, un principat irresponsable. Cinq ans durant, le chef de l'Etat n'a de comptes à rendre à personne. Ni au Parlement. Ni à son parti dont il se tient à l'écart. Ni à la presse avec qui il entretient des contacts très espacés. Pourtant, en démocratie, l'autorité et la responsabilité doivent aller de pair. Mieux vaudrait donc revenir au texte de la Constitution de 1958, c'est-à-dire un président gardien des institutions, garant de la politique étrangère et de défense, et un gouvernement qui détermine et conduise réellement la politique nationale en étant responsable devant l'Assemblée nationale dont il est issu.
Ensuite, pour que le Parlement retrouve quelque influence, le gouvernement doit cesser de monopoliser quasiment l'initiative législative : 15 % seulement des lois adoptées pendant la session 2005-2006 résultaient de propositions de lois déposées par des parlementaires, le reste - soit 85 % - étant à l'origine des projets de loi déposés par le premier ministre. A l'évidence, il faut laisser au Parlement la co-maîtrise de l'ordre du jour pour qu'y soient inscrits davantage de textes de loi émanant des élus.
Quant à la fonction de contrôle du Parlement, elle ne sera exercée avec vigueur que s'il existe un véritable statut de l'opposition, renforçant ses facultés d'action et d'expression : partage des présidences de commission permanente, liberté de provoquer la création d'une commission d'enquête, égalité majorité- opposition dans le temps de parole consacré aux question d'actualité.
Toutefois, si les notables traditionnels ont perdu la réalité du pouvoir, ils en conservent les apparences et bénéficient d'une forte stabilité. Au Parlement comme dans les assemblées locales. Une limitation plus stricte du cumul des mandats permettrait d'ouvrir plus largement la vie publique à de « nouvelles couches », incarnant la diversité de notre société (femmes, jeunes, Français issus de l'immigration). Tout en restituant aux parlementaires davantage de temps pour exercer pleinement leur rôle : c'est-à-dire légiférer et contrôler activement l'exécutif.
Enfin, il existe une nouvelle caste, unifiée et polyvalente, qui tient tous les leviers de commande : gouvernement et administration, entreprises et médias. Car ces nouveaux dirigeants sont interchangeables. Issus des mêmes milieux, écoles et cabinets, ils font carrière en zigzag. Hier grand commis. Aujourd'hui ministres. Demain PDG. Ou l'inverse.
Comme en 1788, la France est enfermée dans une système archaïque, verrouillé par une nouvelle aristocratie qui méprise le tiers état populaire et le tient à distance du pouvoir.
Cette rupture entre le peuple et les élites ne prendra fin que si l'on diversifie le recrutement social des grandes écoles, que si la haute fonction publique, la direction des grandes entreprises et le gouvernement s'ou­vrent à des catégories sociales plus diversifiées. Bref, si la République cesse d'être l'apanage d'une caste, distincte et distante de la société, pour devenir une démocratie ouverte, accessible à tous.
Les Français rejettent cette fausse démocratie, cette maldémocratie, et le disent de toutes les manières possibles : abstention de masse, vote protestataire, manifestations de grande ampleur, divorce avec les partis de gouvernement, rejet des élites.
Ce qui va se jouer à l'élection présidentielle, c'est donc aussi l'avenir de notre démocratie. Ou l'on s'attache à ouvrir ce système clos pour faire participer les Français aux décisions majeures : c'est le projet de Ségolène Royal avec sa volonté de démocratie participative. Ou l'on persiste dans le statu quo, ce qui ouvrirait la voie à de nouvelles pulsions d'insurrection contre la classe dirigeante. Soit dans les urnes, comme au référendum du 29 mai 2005. Soit dans les cités, avec les émeutes urbaines de l'automne 2005. Soit dans la rue, avec les manifestations massives contre le CPE en février-avril 2006.
En revanche, si nos gouvernants acceptent de décider à l'écoute des Français et de leur donner davantage la parole, la maldémocratie peut céder la place à une démocratie ouverte, qui cesse de mettre le peuple hors jeu, qui réconcilie les Français et la politique. C'est l'un des principaux enjeux de cette élection présidentielle : le retour des citoyens dans la vie publique.

tribune publiée par Le Figaro, le 21/02/07

Roger-Gérard Schwartzenberg est l'auteur du livre 1788, essai sur la maldémocratie

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