Le blog de l'actualité radicale de Pascal-Eric Lalmy

Mon ancien blog sera consacré à partir de la rentrée à l'actualité politique. J'ai désormais un nouveau site personnel http://lalmy.unblog.fr/

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Pascal-Eric Lalmy, conseiller municipal de Osny et président du PRG95, mes blogs illustrent la diversité de mes engagements.

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Lalmy 2008

jeudi, juillet 26, 2007

Débat sur l'université, intervention de Christiane Taubira

Mme Christiane Taubira – Merci, Monsieur Karoutchi, d’être parmi nous, mais vous savez que Mme Pecresse sait batailler pour deux ! (Sourires)

Je me suis demandée pourquoi cette réforme qui avait été annoncée avec tant de fracas traitait des universités – au pluriel, et en minuscules – plutôt que l’université, au singulier et en majuscule ! Et la réponse, évidente, est à trouver dans le texte lui-même, puisqu’il est dépourvu de toute ambition. Il n’exprime en effet aucune exigence véritable d’égalité des chances et des choix. Et lorsqu’il est question de missions, elles ne sont exprimées qu’en termes très généraux.

L’université vient de loin. Sa première organisation globale remonte à 1806, soit cinq siècles après la création de la Sorbonne, collège fondé – il est opportun de le rappeler – pour faciliter l’accès au savoir d’étudiants pauvres. Il y a deux siècles, l’université était chargée de l’enseignement et de l’éducation publique dans tout l’Empire. Surtout, elle a reçu l’injonction de « diriger les opinions politiques et morales ». Quelques années plus tôt, Condorcet avait pourtant souhaité que l’instruction publique, identique pour les garçons et pour les filles, « formât des citoyens difficiles à gouverner ».

L’université dont nous débattons aujourd’hui semble tout aussi éloignée de ces préoccupations d’humanisme et d’universalisme au sens latin, qui postule littéralement de « mettre les communautés toutes ensemble », que des questionnements sur son idéal, sa vocation de lieu où règne l’effervescence d’un savoir qui se confronte, se partage et s’aguerrit à l’épreuve des défis qui lui sont posés. Gros mots, sans doute, puisqu’il semble qu’il n’y ait rien de plus glorieux que le souci prosaïque de la gestion et de la gouvernance. Il ne s’agit donc pas de refonder l’université : nous prenons acte de la modestie du projet.

Vous êtes partie à bride abattue sur l’autonomie. Le texte y renonce finalement, même si vous y êtes longuement revenue dans votre discours. C’est la loi du 25 juillet 1885 qui a posé pour la première fois le principe de l’autonomie, essentiellement financière puisqu’il s’agissait de pouvoir disposer des fonds des collectivités territoriales.

Le texte s’intitule finalement « libertés des universités » – un pluriel dont on se réjouirait s’il révélait une véritable prise en considération de la diversité des besoins et des territoires, et nécessairement un engagement en faveur d’une péréquation. Mais de tout cela, vous ne dites mot ! Le Gouvernement paraît bien plus pressé de se débarrasser des enseignants qui approchent de l’âge de la retraite, du budget, de l’immobilier, de la pédagogie, de l’opinion des universitaires, des étudiants remuants ou étrangers – quitte à compromettre l’influence de la France dans le monde.

Ce texte fourmille de mesures et de procédures – jusqu’à plus soif. Mais il y manque la garantie que la puissance publique assurera sur l’ensemble du territoire un égal accès à l’enseignement supérieur, quels que puissent être les conditions sociales, les recettes fiscales locales, l’éloignement des mégapoles et l’intégrale attractivité des territoires.

Vous avez avoué au Sénat découvrir à quel point la situation des outremers était spécifique. Je ne m’en vexerai pas – il y a longtemps que nous avons cessé d’être susceptibles – mais permettez-moi de vous dire que si les gouvernements savaient s’adosser à la présence française aux Amériques, dans la Caraïbe, dans l’Océan indien et dans le Pacifique, ils sauraient mieux saisir les thématiques du déplacement des centres d’échanges et de circulation des informations, des connaissances, des technologies et des hommes. Ils y trouveraient la veine et les élans permettant d’apporter les meilleures réponses aux nécessités de modernisation, de repenser les relations entre le savoir et le pouvoir, la liberté du corps professoral et les problématiques pédagogiques… Ils pourraient aussi aider le pays à prospérer dans l’espace européen, l’arrimer aux nouveaux essors géopolitiques et l’entraîner dans des audaces fécondes. Au lieu de cela, vous cédez à la tyrannie de l’arithmétique ! Et lorsqu’on vous parle d’une université en Guyane, qui pourrait rayonner sur le bassin amazonien, vous répondez qu’il y a 1 500 étudiants – 2 000 en réalité, si l’on inclut ceux qui sont en formation continue comme le prévoit l’article premier de votre texte. Mais lorsque Philippe Auguste a accordé la Charte de l’université en 1200, il y avait 10 000 étudiants pour 200 000 habitants. Nous sommes 200 000 en Guyane : qu’est-ce qui empêche 10 000 jeunes d’avoir envie d’étudier ? C’est l’enseignement secondaire qui éjecte prématurément ces adolescents vers la vie active, de toutes les activités – spatiales, minières, forestières, pétrolières, écologiques – qui leur sont interdites.

Permettez-moi aussi de vous rappeler que l’université du Pacifique a été créée en 1987 avec deux pôles éclatés, la Nouvelle Calédonie et la Polynésie. En 1989, elle a été dissoute pour en créer deux : il arrive que la géographie finisse par avoir raison de la bureaucratie, qui ignorait superbement les six heures de vol qui séparent ces deux territoires, sans parler de leurs trajectoires culturelles et historiques…

La démocratie périt de ces proclamations bavardes suivies d’actes modestes, qui laissent fleurir les injustices. Elle périt de ces rodomontades dans les annonces et d’un effacement dans les décisions, de cette vanité dans les intentions et d’un défaut d’orgueil dans l’action. Albert Camus faisait dire à Caligula « à quoi sert le pouvoir, si ce n’est donner ses chances à l’impossible ? » Pour ma part, j’en ai assez de ces gouvernements modestes ! (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche et du groupe de la Gauche démocrate et républicaine)

compte-rendu de la séance du lundi 23/07

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